Chloé Hermary
Réinventer l’apprentissage pour diversifier le numérique
Fondée en 2019 par Chloé Hermary, Ada Tech School est une école d’informatique inclusive qui s’est donné pour mission de réinventer la formation aux métiers du développement web et logiciel. Son nom rend hommage à Ada Lovelace, pionnière de la programmation, symbole d’une technologie porteuse d’émancipation et de créativité.
Ada Tech School s’adresse en particulier à celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans le modèle traditionnel des écoles d’ingénieurs : concours élitistes, pédagogie compétitive, faible diversité des profils. L’école propose au contraire un environnement bienveillant, féministe et collaboratif, qui favorise la mixité et attire des personnes venues de parcours variés : étudiantes en réorientation, jeunes actifs, ou encore professionnel·les en reconversion.
La pédagogie repose sur le learning by doing : des projets concrets, réalisés en collectif, sans notes ni examens. L’accent est mis sur l’apprentissage pair-à-pair, l’autonomie et la créativité, afin de développer des compétences techniques solides mais aussi des qualités humaines précieuses pour le monde du travail.
Au-delà de la formation en code, Ada Tech School revendique une mission sociétale : contribuer à réduire les inégalités dans le secteur numérique, où les femmes représentent encore moins de 20 % des effectifs, et promouvoir un numérique inclusif et responsable.
Bonjour Chloé,
Quelle est la mission d’Ada Tech School ?
Ada Tech School est un groupe de formation dont la mission est de réduire la fracture technologique. Nous formons des personnes à devenir des actrices et acteurs de la tech de demain, soit en changeant complètement de vie pour intégrer des équipes d’ingénierie logicielle, soit en acquérant des bases solides pour manipuler des outils technologiques comme l’intelligence artificielle.
Notre ambition est claire : montrer que la tech est accessible à toutes et à tous, et qu’elle constitue un véritable levier de carrière pour prendre sa place dans le futur, dans un monde façonné par les technologies.
Votre pédagogie est très différente des modèles traditionnels. Comment fonctionne concrètement cette approche et quels en sont les bénéfices ?
Notre pédagogie s’inspire de la pédagogie Montessori, une pédagogie alternative issue de la petite enfance, qui met au cœur de l’apprentissage l’autonomie, l’engagement actif, la collaboration et le respect des individus.
© Ada Tech School
Concrètement, nous appliquons ces grands principes à l’apprentissage du code et de l’informatique au sens large : apprendre en faisant, apprendre à plusieurs, avec très peu de leviers d’évaluation favorisant la compétition. Nous travaillons beaucoup avec les autres plutôt que contre les autres, dans des environnements d’apprentissage bienveillants et positifs.
Les formateur·rices sont peu directif·ves : chaque apprenant·e est acteur ou actrice de son apprentissage, va chercher les savoirs qu’il ou elle souhaite développer et se responsabilise dans son parcours. Cette approche permet de développer des compétences essentielles aujourd’hui : la capacité à apprendre en continu, s’adapter en permanence, s’organiser collectivement et renforcer ses soft skills.
C’est particulièrement important dans un monde du travail en mutation constante, où l’intelligence artificielle et les technologies évoluent rapidement. Enfin, cette pédagogie a aussi vocation à légitimer des parcours non linéaires. Nous formons majoritairement des personnes en reconversion, âgées de 20 à 50 ans, pour qui une pédagogie descendante et académique n’est pas toujours adaptée.
© Ada Tech School
Quels constats vous ont poussée à créer cette alternative aux formations existantes ?
En 2019, lors de la création d’Ada Tech School, le secteur faisait face à une pénurie massive de compétences tech, notamment sur les profils de développeurs et développeuses. La sous-représentation des femmes était et reste très marquée : moins de 10 % des profils techniques sont féminins.
Le constat était double : une très forte tension sur le marché du recrutement et, en parallèle, une grande homogénéité des profils. Beaucoup de personnes ne se reconnaissaient pas dans le secteur. Ada Tech School est née avec la volonté de s’adresser à des profils sans formation technique ou scientifique, de leur donner la légitimité et l’envie de se former à ces métiers, et de proposer aux entreprises des talents à la fois compétents et diversifiés, issus de tous les horizons.
Il s’agissait aussi de casser les codes et les stéréotypes liés aux métiers de la tech.
Quels sont les profils de vos étudiant·es ? Attirez-vous aussi celles et ceux qui ne se voyaient pas coder ?
Oui, très largement. Beaucoup de nos apprenant·es ne se projetaient pas dans la tech, souvent par manque de confiance ou par sentiment d’illégitimité. Ce sont pourtant des personnes très motivées, attirées par des métiers intellectuellement stimulants, avec de forts enjeux de création et de résolution de problèmes.
Les métiers de la tech impliquent de découper des projets complexes, de réfléchir collectivement et de trouver des solutions. Nos étudiant·es ne sont pas nécessairement issu·es de parcours scientifiques, mais ce sont des profils curieux, engagés, qui souhaitent intégrer une industrie en évolution permanente et qui a un impact fort sur le futur.
Ce sont aussi des personnes en reconversion, avec une certaine maturité et une idée assez claire de la direction qu’elles souhaitent prendre.
Quel est votre rythme de développement ?
Ada Tech School a ouvert en 2019. Depuis, nous avons développé trois campus à Paris, Nantes et Lyon, et formons aujourd’hui près de 300 apprenant·es.
Nous poursuivons notre développement avec de nouvelles formations : un Bac +5 en alternance ouvert en 2025, une formation en ligne à l’intelligence artificielle pour débutant·es lancée récemment, et de nouvelles formations dédiées à des métiers émergents de la tech prévues début 2026.
Comment les entreprises et les acteurs de la tech peuvent-ils soutenir Ada Tech School et s’engager à vos côtés ?
Dans le contexte économique actuel et face aux transformations liées à l’intelligence artificielle, on observe un recul du recrutement des profils juniors. Pourtant, la manière la plus simple et la plus efficace de s’engager reste d’investir dans ces talents en début de carrière, quel que soit leur âge.
Ce sont ces profils qui construiront les équipes de demain. Ils devront apprendre en permanence, s’adapter et développer de nouvelles compétences, mais si nous n’investissons pas aujourd’hui dans ces forces vives, nous risquons de prendre un retard technologique important.
© Ada Tech School
Ne pas former ni recruter ces talents, c’est se priver à moyen terme de la capacité à répondre aux révolutions technologiques à venir. Soutenir Ada Tech School, c’est donc à la fois un engagement sociétal fort et un véritable enjeu de compétitivité pour les entreprises françaises.
Merci Chloé !